Pire qu'un corps sans âme : une âme sans corps.
Vincent Lambert : 11 ans de torture
Vincent Lambert est mort au matin du jeudi 11 juillet 2019. Il n'était plus alimenté ni hydraté depuis le 2 juillet, contre l'avis de ses parents. Ceux-ci ayant épuisé tous les recours juridiques possibles, ils ont renoncé à toute tentative juridique supplémentaire. Ca ne les empêchera pas de poursuivre le médecin responsable pour meurtre avec préméditation.
RAPPEL DES FAITS :
Cet infirmier en psychiatrie a eu un grave accident de la route en 2008, à l'age de 32 ans. Depuis, il est paralysé, à peu près inconscient, sur un lit d'hôpital. Comment est-ce possible ?
Si tu désires rédiger tes directives anticipées, voici par exemple, un exemple de formulaire à remplir et à imprimer : Cet infirmier en psychiatrie a eu un grave accident de la route en 2008, à l'age de 32 ans. Depuis, il est paralysé, à peu près inconscient, sur un lit d'hôpital. Comment est-ce possible ?

Texte de la vidéo

Peut-être que tu suis l’affaire Vincent Lambert de loin et que t’y comprends pas grand chose. On va regarder ensemble.

C’est un infirmier en psychiatrie qui a eu un grave accident de la route en 2008. Il avait 32 ans, et il était marié depuis un an avec Rachel.

Cet accident l’a plongé dans un coma profond, et quand il s’est “réveillé”, il était en état de conscience minimale [Etat-Pauci-relationnel. Pauci signifie “Peu”] duquel il est jamais sorti. Son cerveau a été tellement endommagé qu’il ne peut plus manger ni boire ni parler : il est paralysé sur son lit d’hôpital [CHU de Reims], nourri par une sonde gastrique.

C’est terrible pour son entourage parce que les expressions de son visage peuvent donner l’impression qu’il est conscient : il bouge un peu la tête, il cligne des yeux, il émet des sons, et il a même versé des larmes, mais on pleure aussi quand on épluche des oignons ou qu’on a une conjonctivite : par réflexe.

Impossible de savoir s’il peut ressentir quelque chose.

En 2019, il a donc 42 ans et ça fait 11 ans qu’il végète dans cet état.

Comment c’est possible ? ... Dès le début, le corps médical a tout essayé pour lui rendre sa conscience, notamment 87 séances d’orthophonie [Syn. Logopédie. Traitement des troubles du langage] pour essayer d’établir une communication avec lui, mais ça marche pas.

En 2012, le personnel soignant constate des manifestations comportementales, qui pourraient être interprétés comme une opposition aux soins de toilette, et donc, une envie de stopper tout, quoi ! ... D’ailleurs, Vincent a toujours dit à sa femme que si un jour, il était réduit à cet état, il préférait mourir, comme presque tout le monde en fait. MAIS... malheureusement, il ne l’a pas écrit [Directives anticipées].

Grave erreur.

Mais bon, on fait confiance à son épouse qui est d’accord avec ce principe, et en 2013, On s’accorde à conclure que ça devient ridicule de le garder en vie. [Terme législatif : Obstination déraisonnable].

Une piqûre finale et cette triste histoire aurait pu s’arrêter là.

[10.4.2013] Seulement, l’euthanasie active n’étant pas légale en France, le docteur responsable [Eric Kariger] entreprend ce que la loi permet [“Procédure collégiale de fin de vie”, prévue par la loi Leonetti] : arrêter de l’alimenter par sonde, et l’endormir [Sédation profonde] en attendant qu’il s’éteigne “naturellement”.

La loi [Art. L1110-5 du code de la santé publique] précise que : “Toute personne a le droit d'avoir une fin de vie digne et accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance.”.

Le hic, avec ce texte, c’est qu’il est impossible de savoir si Vincent souffre, puisqu’il peut pas communiquer.

Et il est pas en fin de vie : si on l’alimente artificiellement, il peut continuer comme ça beaucoup d’années. Du coup, on ne hâte pas la mort mais on la provoque, ce qui s’apparente à de l’euthanasie.

L’autre truc, c’est que les parents de Vincent n’ont pas été informés de cette décision parce qu’on savait qu’ils se braqueraient : c’est des grands catholiques opposés par principe à tout arrêt de la vie, à fortiori de leur fils. Son père a même milité contre l’avortement, tu vois l’ambiance !

Le destin a voulu qu’ils apprennent par hasard que Vincent n’était plus alimenté depuis deux semaines. Imagine le choc !

[9.5.2013] Ils bondissent au tribunal [tribunal administratif de Châlons-en-Champagne] et EXIGENT qu’on le réalimente au motif, justement, qu’ils n’avaient pas été consultés.

Mets-toi à la place des magistrats à qui on demande d’être pour ou contre la mise à mort lente d’un handicapé. Et vite, parce que n’étant plus alimenté depuis 17 jours, il pouvait clapser à tout moment.

[11.5.2013] Stressés par l’urgence, ils ont ordonné la remise en place des sondes alimentaires.

Alors, on a d’un côté, l’équipe médicale et la femme de Vincent [Et 6 de ses 8 frères et soeurs et son neveu], qui estiment qu’il est soit inconscient, soit il désire mourir.

Et de l’autre, ses parents [Pierre et Viviane Lambert, ainsi que ses deux autres frère et soeur] qui sont persuadés que Vincent est pourvu du minimum de conscience qui lui donne envie de continuer à vivre comme ça.

Dans cette logique, ils ont accusé le docteur responsable, pourtant aussi catholique [Eric Kariger] de “tentative d'assassinat”, rien que ça.

Personne n’ayant envie de finir en prison, Vincent est donc réveillé et réalimenté.

[Septembre 2013] Ca n’empêche pas l’équipe médicale [CHU de Reims] de remonter au créneau et d’informer cette fois officiellement les parents qu’ils ont l’intention de cesser à nouveau d’alimenter Vincent [“Procédure collégiale de fin de vie”, prévue par la loi Leonetti].

[16.1.2014, tribunal administratif de Châlons-en-Champagne] Mais le tribunal prétend que ça vaut la peine de le maintenir en vie parce que le docteur Kariger a, je cite, “mal estimé l’état de Vincent”.

Comme si les magistrats le connaissaient mieux que sa propre femme et le corps médical qui s’en occupe tous les jours depuis 6 ans. A partir de là, une invraisemblable partie de ping-pong médico-juridique se joue entre les différents acteurs.

[27.1.14] Cinq frères et sœurs de Vincent interpellent la ministre de la santé [Marisol Touraine] pour lui demander d’autoriser l’hôpital à arrêter l’alimentation de leur frère.

[14.2.14] Le conseil d’état demande l’avis de l’Académie de Médecine, le comité national d’éthique, le conseil de l’ordre des médecins, et à Jean Léonetti [Auteur de la loi sur la fin de vie].

[Mars 2014] 3 spécialistes en neurosciences confirment que les lésions cérébrales sont irréversibles. Les années passant, Vincent descend graduellement d’un état de conscience minimale à un état purement végétatif.

[24.6. 2014] Le conseil d’état est d’accord d’aider Vincent à mourir, mais les parents ont saisi la Cour Européenne des Droits de l’homme, et eux, ils veulent réfléchir avant de cesser de l’alimenter. Pour éviter les surprises, on interdit le transfert de Vincent où que ce soit, on sait jamais !

[4.11.14] La décision est tellement difficile à prendre que le dossier est transféré dans la “Grande Chambre” et L’affaire s’appelle désormais “Lambert et autres contre France”. Ah ça devient Pfouuuh !!!

[5.6.15] Ca y est ! La décision est prise à l’aide d’un vote : par 12 voix contre 5, le feu vert est donné : on peut arrêter de l’alimenter.

[26.6.15] Les parents sont aux abois : ils font recours parce que soi-disant, y’a du nouveau ! Mais en fait, non, y’a rien de neuf, ils se font envoyer balader.

[15.7.15] L’hôpital s’apprête donc à retirer les tuyaux d’alimentation de Vincent. Le Dr Kariger a été remplacé par le Dr Simon qui se ramasse aussi une plainte dans la tronche d’entrée de jeu par les parents désespérés : “tentative d’assassinat et séquestration”.

[21.7.15] Les Evêques de Rhône-Alpes s’opposent à l’arrêt de l’alimentation de Vincent, parce que, je cite, “ça pourrait entraîner sa mort”. Bon… en même temps, c’est un peu le but.

[23.7.15] Le docteur Simon demande une protection parce que son service a reçu des menaces, et il a même eu vent d’un projet d’enlèvement de Vincent. La pression est tellement énorme qu’il n’ose pas retirer les sondes alimentaires.

[9.10.2015] Mais c’est que le début. Cette fois, c’est le neveu de Vincent [François Lambert] qui entre en scène et qui exige que l’alimentation soit coupée dans les 15 jours ! Mais le tribunal lui rappelle gentiment que c’est au médecin qui est dans l’oeil du cyclone de prendre la décision !

[10.3.2016] A la demande du Docteur Simon qui a vraiment besoin de soutien[Rachel], la femme de Vincent est nommée tutrice de son mari [Par le juge des tutelles], dans l’espoir de faciliter les choses.

[9.6.16] De son côté, l’avocat des parents demande à ce qu’on transfère Vincent dans un endroit spécialisé, là où il ne sera sans doute jamais question d’attenter à sa vie. Mais ça marche pas parce qu’on avait déjà interdit de le déplacer.

[16.6.16] [La cour administrative d'appel de Nancy] Bon, ça suffit comme ça : faut aider Vincent à mourir. Mais pour être bien sûrs, on va demander l’opinion de quelques experts. Comme si on n’avait pas assez d’avis comme ça.

[12.10.16] Le neveu remonte au créneau et demande au Conseil d’état d’exiger que l’hôpital arrête d’alimenter son oncle, parce que là, ça commence vraiment à le gonfler !

[11.1.17] Et les parents attaquent l’hôpital pour “Délaissement de personne hors d’état de se protéger”.

[19.1.17] Le neveu monte d’un cran et demande carrément au président François Hollande de taper du poing sur la table pour en finir une fois pour toutes. Mais il lui répond avec des mots bien choisis qu’il n’a pas trop envie de se mouiller dans ce machin-là.

[19.7.17] Le docteur Simon démissionne. Je le comprends. Je sais même pas comment il a fait pour tenir jusque là ! Du coup, le Conseil d’Etat annule tout ce qui est en cours, et on va tout recommencer à zéro, c’est plus simple !

[9.4.18] C’est le Dr Sanchez qui reprend courageusement le flambeau et qui tire les mêmes conclusions que ses prédécesseurs. Ca n’a aucun sens de maintenir à tout prix Vincent en vie.

[20.4.18] Comme on recommence tout, Le tribunal [tribunal administratif de Châlons-en-Champagne] demande 3 nouvelles expertises (bah ouais, ça manquait), mais la tension est telle que les experts jettent l’éponge. [2.7.18] C’est pas grave, on nomme 3 autres experts, plus courageux.

[22.11.18] Ils concluent à un “état végétatif irréversible”, ce qu’on savait déjà, mais pour éviter que ça se retourne contre eux, ils ajoutent que “y’a aucune urgence à arrêter sa vie”. ce qui fait pas tellement avancer le schmilblick.

[31.1.19] Les instances juridiques [tribunal administratif de Châlons-en-Champagne] commencent à en avoir ras la casquette. STOP : la plaisanterie a assez duré ! On peut affirmer sans se tromper que Vincent n’est plus conscient, et s’il l’était, il ne voudrait en tout cas plus vivre. Les parents sautent en l’air et accusent le tribunal d’être de parti-pris. Ce qui est un peu vrai, mais en même temps, ça fait 11 ans qu’il y a un gars paralysé dans un lit qui commence à trouver le temps long.

[24.4.19] Le Conseil d’état trouve aussi que c’est abuser. Quel est l’intérêt de quoi, de qui de le laisser végéter comme ça ?

[30.4.19] Même La Cour Européenne des Droits de l’homme partage cet avis, c’est pour dire !

[15.5.19] Et coup de grâce, le Tribunal [Tribunal administratif de Paris] rejette le recours des parents parce que pour lui aussi, il trouve qu’il y a un moment où il faut arrêter de s’entêter ! Paniqués, les parents ont frappé aux portes de toutes les instances juridiques possibles, mais plus personne n’a envie de s’engluer dans cette affaire-là !

[20.5.19] Donc là, c’est bon, on y va ! on endort profondément Vincent [Sédation Profonde] et on retire sa sonde gastrique. Ouff. COUP DE THEATRE LE SOIR-MÊME ! Maître Paillot [L’avocat des parents] a finalement déniché un juge du tribunal de la cour d’appel de Paris qui a accepté de demander à la Cour Européenne des Droits de l’homme qu’elle exige qu’on le réalimente parce que le Comité international du droit des personnes, rattachée à l’ONU l’avait précédemment réclamé à titre provisoire [Si j’ai bien compris, parce que ça devient compliqué].

[31.5.19] Le gouvernement trouve cette action en justice tellement scandaleuse qu’il se pourvoit en cassation pour annuler cette demande. Il faut vraiment espérer que Vincent ne soit plus conscient depuis longtemps. T’imagines le mec après 11 ans, on lui annonce qu’on va enfin l’endormir pour de bon, Et quelques heures plus tard, il se réveille encore, toujours dans le même état. Je sais pas si on peut imaginer une pire torture que ça.

[Et c’est pas fini] [A suivre]

Notes et Références

Wikipédia, études et articles encyclopédiques

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