On dit "Partir, c'est mourir un peu". Pourquoi "un peu" ?
Pour ou contre les migrants ?
Un migrant, c'est juste un voyageur, ni plus ni moins. Ca va du réfugié politique à l'exilé fiscal, mais quand on évoque les gens qui se déplacent, le vocabulaire sonne mal, juge mal, fait mal : les "gens du voyage", les exilés, les déportés, les expatriés, ... Mais si un jour, c'est nous qui devions partir de chez nous pour fuir la famine, la guerre ou la peste, on préfèrerait une main tendue à un poing fermé en guise d'accueil, non ?
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Texte de la vidéo

Cedella Roman est une française de 19 ans qui a rendu visite à sa mère au Canada, tout près des Etats-Unis.

En faisant son jogging, elle s'est pas aperçue qu'elle avait franchi la frontière.La police l'a arrêtée, et comme elle n'avait pas ses papiers sur elle, elle a passé quinze jours en tôle à 200 KM de là. Le temps de vérifier son identité. Faut bien ça.

Quelques pas en trop et tu passes de citoyen normal à voyou clandestin.

Je te connais pas mais peut être que t’en a marre de voir les étrangers envahir ton pays.

En 1940, l’Allemagne qui voulait tout gagner, s’est emparée de la France. Ca s’appelle “L’occupation”

En 2018, des réfugiés qui ont tout perdu mendient le droit d’asile.

Tu perçois la subtile nuance entre “invasion barbare” et “Accueil des gens en détresse” ou pas du tout ?

Tu parles souvent de “Ton pays”, “ton pays”... Mais c’est quoi “un pays” ?

On vit sur une boule : “la terre”. Un jour, la vie est apparue. Elle a évolué. Le règne animal. L’espèce humaine, délicate et respectueuse comme on la connaît, a décrété que la terre lui appartenait.

C’est notre planète : On bouffe ce qui se bouffe, on exploite ce qui s’exploite et, le reste, bof, on le pollue.

Pour faire encore pire, on a tracé des lignes un peu partout pour faire des surfaces en couleur, comme ça. Ca permet de classer les gens : ceux qu’on doit craindre, rejeter, haïr, envahir, ou s’en foutre.
On habite sur une planète plus petite qu’un grain de sable au niveau de l’univers, et on peut même pas s’y déplacer comme on veut, tu trouves pas ça un peu con ?

Le jour de notre naissance, on dit pas qu’on vient à la Chine, à la Suède ou au Pakistan, on dit qu’on vient “au monde”

Mais le pays dans lequel t’es né, c’est pas le tien, il t’appartient pas. C’est juste l’endroit ou ta mère se trouvait quand t’es arrivé.

Je te connais pas mais peut-être que tu es fier de ta nationalité. Mais on te l’a imposée en même temps que ton prénom, ton sexe et la couleur de ta peau... Il est où, le mérite ?

Si t’a pas eu de bol, t’es né dans un pays gouverné par un dictateur psychopathe qui massacre sa population à coups de missiles, qui fait déflorer les fillettes par des gangs de violeurs officiels. Tu fais quoi ? Tu renvoies les bombes vers le ciel avec ta raquette de tennis ?

Non. Tu sauves le seul truc qui te reste encore pour pas longtemps : ta vie.

T’abandonnes tout, tu te jettes sur les routes. Tu sautes dans le premier bateau qui t’emmènera au paradis. Si il coule, tu y seras plus vite.

Le paradis, ça se prononce “Pays d’accueil”. Drôle de nom pour désigner un endroit ou personne se réjouit de voir débarquer ta sale gueule de réfugié traumatisé. Ah, tu vas l’attendre longtemps ton cocktail de bienvenue. On te connait pas, mais on te déteste déjà.

Dès l’instant où tu fuis ton pays, tu te transformes automatiquement en feignant-profiteur-criminel, c’est magique.

Partir pour survivre, c’est lâche. C’est même illégal. tu seras enfermé, déporté, refoulé. Un chien serait mieux considéré que toi.

A moins que tu escalades un immeuble à mains nues au péril de ta vie pour sauver un gamin qui va tomber d’un balcon : là, tu seras bien vu. Sauf évidemment par les éternels racistes pathologiques qui verront-là une ruse pour obtenir des papiers. Ouais bien sûr.

Je te connais pas mais t’es peut-être quelqu’un de généreux, travailleur, intelligent. Qui fait avancer la société.

Mais quelles que soient tes qualités, de toute façon, le jour ou ton pays sera en feu, tu deviendras un parasite qu’on a juste envie de rejeter à la flotte. Ce qu’on appelle “un migrant”

Pourtant, migrant, c’est juste un voyageur, ni plus ni moins. Comme un oiseau migrateur. Jamais de ta vie, t’aurais voulu changer de pays, toi ?

Quand on parle des gens qui se déplacent, le vocabulaire, il est pas jojo. Rien que le terme “Gens du voyage”, ça augure rien de bon. Migrant, ça va du réfugié politique à l’exilé fiscal en passant par expulsé, immigré, exilé, évadé, déporté, expatrié. Que des mots qui sonnent mal, qui font mal, qui jugent mal.

“SDF”, c’est une sorte de migrant local permanent : On veut même pas qu’il s’arrête pour dormir

Les seuls voyageurs qu’on tolère, c’est les touristes. Parce que c’est des migrants temporaires qui suivent docilement les parcours fléchés et qui rentrent spontanément chez eux une fois qu’on a raclé tout leur pognon.

Je te connais pas, mais peut-être que tu penses que ceux qui sont pour l’accueil des étrangers, c’est des gentils utopistes un peu naïfs.

Hè, j’ai une gueule de bisounours ?

Retourne la situation : imagine que tu dois te barrer de chez toi pour éviter de mourir noyé, bombardé, ravagé par les tornades, la famine, ou la peste, tu serais pas heureux qu’on te tende la main autrement que pour te la foutre dans la gueule. Tu préfèrerais pas une main ouverte à un poing fermé ou un doigt d’honneur ?

Un jour, peut-être que c’est la terre qu’il faudra quitter, tellement on l’aura pourrie.

On sait déjà qu’aucune planète proche ne pourra nous héberger. Trop chaudes, glaciales ou irrespirables.

Et même si l’une d’entre elle était propice à la vie, il vaudrait mieux pour notre gueule qu’elle ne soit pas peuplée d’extraterrestres qui nous ressemblent, parce qu’on pourrait bien se faire couler notre vaisseau au milieu de l’espace sans nous laisser une seconde pour nous expliquer.